Essai d'une histoire de la selle de randonnée

 

   Les premières selles utilisées pour l'équitation d'extérieur de randonnée ont été les selles anglaises classiques. Les bonnes vieilles Danloux qui constituaient l'essentiel des selleries de club et qui étaient utilisées avec bonheur pour la chasse à cour.

Très vite, ce type de selle a montré ses limites : confort limité pour des sorties de plus d'une journée et impossibilité d'attacher des sacoches.

   La deuxième génération de selle de randonnée est apparue avec une nouvelle vague de cavaliers : ces nouveaux venus n'avaient pas de formation classique et n'avait pas l'intention de monter en manège jugé trop snob. Même si leur façon de monter était plutôt approximative , leur manque d'a priori leur a permis de redécouvrir et de remettre à l'honneur toutes les formes possibles de selles d'arme. Ils partaient du principe qu'une bonne selle de rando demandait les même qualités qu'une selle militaire : répartition du poids, facilité d'attacher du paquetage, simplicité des montages et robustesse, bonne adaptation au cheval de club standard.

Ce fut la réhabilitation des selles d'officier aux matelassures prolongées en arrière du troussequin et aussi des fameuses selles de troupe au siège suspendu en cuir embouti avec des arcades d'arçon en fer forgé: quelques unes sont encore en circulation ! Les importateurs de cuirs pakistanais ont flairés l'affaire et ont remis en vigueur les selles troupes de l'armée anglaise aux Indes.

Incontestablement, le top du top était les rares selles d'armes portugaises avec leurs battes d'arçon basculantes et leur matelassure en feutre de laine entièrement amovibles. On en trouvait quelques unes en Provence dans le début des années 80.

Parallèlement aux selles d'armes européennes, la selle américaine faisait des adeptes parmi ceux qui recherchait une plus grande portance. Malheureusement , les premiers modèles importés étaient conçus pour des chevaux américains au garrot épais et il y eut quelques problèmes de blessures pendant un certain temps !

La révolution est arrivée avec les premières McClellan récupérées dans les surplus laissés par l'armée canadienne après la seconde guerre mondiale.

La McClellan ou arçon canadien est très vite devenue la selle des baroudeurs : ses qualités indéniables de légèreté , son côté fonctionnel , sa robustesse , son fort dégarrottage mais aussi son prix en ont vite fait la référence pour les initiés. Son sanglage en "3 points" s'est vite imposé, encore maintenant, comme le standard incontournable.

Très vite des artisans, qui étaient plutôt des cavaliers bricoleurs passionnés par la sellerie, se sont mis à fabriquer leur propres selles avec des arçons en polyester. La Mc Clellan est en effet facile à réaliser même pour un amateur: voilà comment cette ancienne selle d'arme de l'armée américaine, mise au point en 1859 (!), a repris du service sur le vieux continent !

    L'un des premiers catalogues de sellerie de randonnée équestre était celui de Michel Touja, installé près d'Avignon, et qui proposait en 1980 une Mc Clellan de sa fabrication avec tout l'équipement : sacoches, hackamores, longes de rando, gourdes, coussin de selle ... ce fut sûrement l'un des premiers a être aussi complet. Beaucoup d'autres, apparus un peu plus tard, se sont largement inspirés de ce catalogue...

Enfin , certains ont commencé à modifier la MC Clellan de base en lui rajoutant un siège d'une pièce et des petits quartiers, puis des matelassures , des grands quartiers , il y eut même une version qui lui donnait un air de selle à piquer !

   Aujourd'hui, toutes les déclinaisons possibles et imaginables de la Mc Clellan ont été certainement proposés. Même si certains selliers fabriquent encore des versions plus ou moins sophistiquées, il faut reconnaître qu'elle est quand même un peu dépassée et on reconnait plus facilement ses limites aujourdhui. D'autant plus que les chevaux de rando ont changé, se sont arrondis entre autres et l'arçon de Mc Clellan est mal adapté à ce genre de dos et a tendance à faire un point de compression de part et d'autre de la colonne vertébral ou à tourner si on ne sangle pas assez.

Durant cette période, des selliers se sont fait un nom:

La sellerie ONER (aujourd'hui disparue), qui avait mis au point une adaptation de la selle d'arme portugaise citée plus haut. La sellerie MALIBAUD qui la première , eut l'idée de mettre un siège d'une pièce sur un arçon de MC Clellan ou GUICHARD-SELLIER qui invente la selle américaine "allégée" avec sanglage "3 points".

Actuellement, le développement de la randonnée, avec de plus en plus de rencontres entre randonneurs (Equirando, ...) mais aussi des articles de presse plus pointus et un peu moins passe-partout qu'à une époque, font que se dessine une clientèle beaucoup plus exigeante qu'avant.

VERS LA SELLE DE RANDO DE L’AN 2000

   Bien que de nombreux selliers proposent encore des évolutions de selles d’arme de type anglaise ou de type américaine telles les MC Clellan, il semble que ces énièmes versions sont destinées à disparaître peu à peu. L'avenir va nous permettre de découvrir de nouvelles selles à la conception originale , entièrement créées de A à Z dans l’optique rando voire voyage à cheval. Les utilisateurs sont les premiers moteurs de cette recherche. Les randonneurs sont devenus adultes , ils savent ce qu’ils veulent et le font savoir.

Plusieurs facteurs rentrent en ligne de compte dans cette évolution:

1/ Les cavaliers d’extérieur ont changés depuis 15 ans:

Beaucoup de jeunes cavaliers bien sûr mais aussi de plus en plus de nouveaux venus qui ont passés les 45 ans voire de jeunes retraités qui ont les moyens de réaliser leur rêve:  peut-être un peu moins d’aventure (quoique ?) et en tout cas priorité à la convivialité, la découverte mais aussi à la sécurité.

Cette catégorie de cavaliers va peser fortement sur la conception de leur propre selle dans la mesure où il s’agit d’une clientèle exigeante ayant des moyens financiers certains . Elle va donc permettre au sellier de pousser plus loin ces recherches et d’utiliser des matériaux plus originaux .

Concrètement le siège va évoluer vers un modèle mi-creux (sensation de sécurité), moelleux(confort donné par de nouvelles mousses Néoprène haute-densité) et qui permet aux jambes de descendre facilement. On notera également le retour vers un look plus classique et l’utilisation de cuirs beaucoup plus beaux par rapport à une époque ou rustique était synonyme de rando !

2/ Le deuxième facteur influençant également la création de nouveaux modèles est le développement conséquent d’activités comme l’ENDURANCE et le TREC.

Les cavaliers de ces 2 disciplines sportives viennent pour la plupart de la randonnée sans pour autant se couper définitivement avec leur passion d’origine.

On retrouvera donc dans les exigences des randonneurs des éléments comme la légèreté et la notion d’équilibre (influence de l’ENDURANCE) ou la polyvalence (influence du TREC).

Cela peut amener même à des contradictions spectaculaires: la légèreté va à l’encontre de la portance par exemple, et il est évident qu’un bon cheval de rando (sous-entendu avec un bon dos,bien musclé par des exercices et une alimentation appropriée) n’est pas à 1 kg près. Tout le monde sait qu’il vaut mieux une bonne selle de 9 kg avec un poids bien réparti (aidé en cela par un bon sanglage) qu’un poids plume de 5 kg qui fait 2 magnifiques points de compression de part et d’autre de la colonne vertébrale du pauvre cheval que l’on sort du pré pour une rando de 15 jours !

De même, la polyvalence à ses limites et quand certains cavaliers demandent des taquets de selle d’obstacle sur leur selle de rando on peut se poser des questions sur leur position ?

Néanmoins, cette demande va se traduire au niveau des selles par un affinage des modèles. De même l’ENDURANCE a fait prendre conscience aux randonneurs de l’importance de l’emplacement des couteaux d’étrivière sur leur position et leur confort.

Les épreuves de TREC comprenant quelques obstacles à sauter nécessitent au contraire une selle où l’on peut raccourcir les étrivières tout en gardant un bon équilibre avec éventuellement des taquets à l’avant et en haut des quartiers mais sans que cela gêne la fixation des fontes.

On peut observer également une tendance sur toutes les selles de rando de type anglais: on ne trouve plus qu’un seul quartier avec sanglage long et sangle courte comme sur la Montségur Classic, ce qui permet un gain de poids appréciable et une bien meilleur sensation de contact pour le cavalier.

Rappelons par la même occasion que le sanglage “3 points “ est devenu incontournable pour toute selle de rando qui se respecte et possédant un arçon rigide.

Attention: un “3 points “ monté sur un arçon souple de type selle anglaise est délicat et doit être bien équilibré puisque l’arçon va se vriller sous l’effet du sanglage et donc se déformer !

3/ Les chevaux aussi ont changé:

On voit apparaître de plus en plus de chevaux de rando avec un dos plus porteur et donc souvent avec peu de garrot (C’est le cas de tous les double-poneys: Merens, Fjord, Haflinger, ...). De même le Pur-sang-arabe (garrot noyé et rein court) devient plus commun qu’à une époque suite à son succès pour l’endurance. On voit surtout apparaitre une très grande variété de races de chevaux dont on ne parlait pas il y a quelques années.

Enfin, on trouve encore les bon vieux trotteurs, fidèles au poste, le garrot bien sorti et fier de l’être ! Sans parler de toutes les nuances entre ces extrêmes: on l’a compris fini la relative homogénéité des chevaux de rando d’il y a 15 ou 20 ans !

Le sellier doit donc s’adapter de plus en plus au cas par cas et si la tendance est plutôt d’ouvrir les arçons, bien souvent les cavaliers réclament une “personnalisation” par rapport au dos de leur cheval.

Cela explique que de plus en plus de cavaliers se tournent vers des artisans plus “souples” que les grandes fabriques qui ne proposent que du standard ou du faux sur-mesure.

   Pour résumer, on peut dire que la selle de rando a acquis ses lettres de noblesse en quelques années. Ce n’est plus une selle de cow-boy ou une vague adaptation de selle d’arme récupéré chez un brocanteur ou un surplus. Les meilleures selles sont fabriquées maintenant par des artisans qui “collent” à la demande et s’adaptent très vite aux nouvelles exigences du marché.

Le meilleur indicateur de l’image de marque acquis par les selles de rando de qualité est le prix moyen: de 2000/2500 F au début des années 80, il est resté plusieurs années aux alentour de 3500/4000 F pour subir un bond ces 3 dernières années jusqu’à plus de 1000 euros (6500 F). Ceci semble tout à fait justifié par rapport à la qualité des selles qui a suivi et surtout à l’emploi de matériaux plus modernes comme certaines résines et des arçons performants . On remarque néanmoins que ce prix moyen représente environ 50% du prix d'achat moyen du cheval de rando et que cela n'a pas changé depuis le début, contrairement aux selles de CSO.

Ajoutons à cela le fait que le randonneur ne se cache plus, il est reconnu comme une activité équestre (la première de France ?) à part entière au même titre que les autres disciplines et à droit lui aussi à un matériel performant !

 

Le 8 janvier 2000

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